Revendication et réserve de propriété : délai, preuves, pièges

L'entreprise à laquelle vous avez livré des marchandises, ou confié du matériel, vient d'être placée en sauvegarde, en redressement ou en liquidation judiciaire. Vos biens ne sont pas perdus pour autant. Vendus avec une clause de réserve de propriété convenue par écrit au plus tard à la livraison, ils peuvent être revendiqués s'ils se retrouvent encore en nature au moment de l'ouverture de la procédure. Leur prix peut également l'être s'ils ont été revendus. Le calendrier ne laisse aucune marge : trois mois à compter de la publication du jugement d'ouverture pour écrire au bon interlocuteur, puis, faute d'accord dans le mois, un mois de plus pour saisir le juge-commissaire. Un contrat publié avant le jugement ouvre une voie plus souple, la restitution.

À retenir

  • Délais de trois mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC, sans relevé de forclusion possible,
  • La demande est adressée par lettre recommandée à l'administrateur ou, à défaut, au débiteur. En liquidation judiciaire, elle est adressée au liquidateur. Sans accord dans le mois de votre demande, vous devez saisir le juge-commissaire dans le mois suivant,
  • Le bien doit se retrouver en nature au jour du jugement, à défaut, l’action se reporte sur le prix encore dû par le sous-acquéreur,
  • Un contrat publié avant le jugement dispense du délai de trois mois : c'est la restitution,
  • Une déclaration de créance doit être faite en parallèle.

Revendication ou restitution : quelle voie pour récupérer votre bien ?

Dès l'ouverture de la procédure, ce qui se trouve chez l'entreprise est traité comme lui appartenant, sauf preuve contraire. Être propriétaire ne suffit donc pas : il faut faire reconnaître ce droit, et deux voies existent.

Revendication : Demande par laquelle le propriétaire d'un bien meuble détenu par l'entreprise en réclame la remise, en prouvant lui-même sa propriété. C'est la voie du vendeur sous réserve de propriété, mais aussi du prêteur, du déposant ou du loueur dont le contrat n'a pas été publié.

Restitution : Demande ouverte au propriétaire dont le contrat a été publié avant le jugement d'ouverture, comme un crédit-bail inscrit au greffe. La publicité le dispense de faire reconnaître son droit de propriété dans le cadre de la procédure de revendication (article L. 624-10 du Code de commerce).

Tout tient donc à la publicité du contrat. Ce que le créancier peut encore faire par ailleurs après le jugement est présenté dans notre article sur l'arrêt des poursuites

Quels biens pouvez-vous encore récupérer ?

La règle : un bien qui se retrouve en nature

L'article L. 624-16 du Code de commerce exige que le bien se retrouve en nature au moment de l'ouverture de la procédure. Il doit encore exister, sans avoir perdu son identité, à la date du jugement, et non à celle de votre courrier.

Les assouplissements et leurs limites

Le texte admet deux assouplissements. Pour des biens fongibles, c'est-à-dire interchangeables, vous n'avez pas à prouver que les unités en stock sont celles que vous avez livrées : il suffit que des biens de même nature et de même qualité se trouvent chez le débiteur ou chez quelqu'un qui les détient pour lui.

Les biens incorporés dans un autre bien restent revendicables si la séparation peut se faire sans dommage. Les juges regardent comment le matériel a été installé. Des composants simplement juxtaposés et faciles à détacher peuvent être repris, des éléments interconnectés, devenus indissociables d'un ensemble nouveau, ont en revanche été jugés non revendicables (Cass. com., 19 juin 2012, n° 11-18907). D'où l'intérêt de documenter le démontage dès le départ.

Un bien transformé au point d'avoir perdu son identité ne se retrouve plus en nature, et sa revendication échoue en principe.

Quant au bien revendu, la revendication peut se reporter sur le prix ou la partie du prix qui n'a été ni payé, ni réglé en valeur, ni compensé entre le débiteur et le sous-acquéreur à la date du jugement d'ouverture, ainsi que sur l'indemnité d'assurance subrogée au bien détruit (article L. 624-18), à condition d'établir que le bien a été revendu dans son état d'origine (Cass. com., 14 juin 2017, n° 16-11004). Ce que le sous-acquéreur paie ensuite vous est reversé, à concurrence de votre créance, par le mandataire judiciaire ou le liquidateur (articles R. 624-16 et R. 641-31).

Avant d'agir : classez chaque bien selon sa situation au jour du jugement

Une même clause conduit rarement à une seule démarche. Il n'est pas rare qu'une partie des livraisons dorme encore en stock, qu'une autre ait été installée et qu'une troisième ait été revendue, le solde impayé relevant pour sa part de la déclaration de créance. Le tableau suivant permet de faire ce tri avant d'envoyer la moindre lettre.

Situation du bien au jour du jugement Démarche Ce qu'il faut établir Point de vigilance
En stock et identifiable Revendication en nature Clause acceptée au plus tard à la livraison, livraison, impayé, présence du bien Délai de trois mois
En stock, mêlé à des biens identiques Revendication des quantités impayées Même nature et même qualité Références et factures correspondantes
Incorporé dans un autre bien Revendication si la séparation est possible Démontage sans dommage Refus en cas d'ensemble nouveau indissociable
Transformé En principe, pas de revendication en nature Que le bien n'a pas perdu son identité Démonstration très difficile
Revendu, prix encore dû au jour du jugement Revendication du prix Revente dans l'état d'origine Seule la part correspondant à votre créance
Contrat publié avant le jugement Restitution Publicité en vigueur au jour du jugement Pas de délai de trois mois, mais une demande préalable
Montant non couvert par la reprise Déclaration de créance Créance née avant le jugement Délai propre à la déclaration

Votre clause de réserve de propriété est-elle efficace ?

La clause retarde le transfert de propriété jusqu'au paiement complet du prix. Pour l'opposer à la procédure, elle doit avoir été convenue entre les parties dans un écrit établi au plus tard au moment de la livraison, écrit qui peut régir tout un ensemble d'opérations, comme un contrat-cadre (article L. 624-16).

Il faut pouvoir montrer que votre acheteur l'a acceptée, au plus tard lors de la livraison. Imprimée sur une facture établie après coup, elle intervient trop tard. Il est préférable de privilégier un contrat signé par l'acheteur et contenant la clause, des conditions générales signées ou expressément acceptées avant la première livraison, ou encore un bon de commande ou un contrat-cadre signé qui renvoie clairement à ces conditions générales.

Quel délai respecter et à qui écrire ?

La revendication obéit à des délais courts qui s'enchaînent. En manquer un seul suffit à perdre le droit d'opposer votre propriété à la procédure.

Étape Délai Point de départ Texte
Demande en revendication 3 mois Publication du jugement d'ouverture au BODACC Art. L. 624-9
Réponse à la demande de revendication 1 mois Réception de votre demande Art. R. 624-13
Saisine du juge-commissaire, à défaut d'accord 1 mois À compter de l'expiration du délai d'un mois laissé pour répondre à la demande Art. R. 624-13
Recours contre l'ordonnance 10 jours Communication ou notification de l'ordonnance Art. R. 621-21

Le point de départ

Les trois mois courent à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC, non de sa date ni du jour où vous l'avez appris (article L. 624-9). Le relevé de forclusion de l'article L. 622-26 ne profite qu'aux créanciers qui ont tardé à déclarer leur créance. La revendication ne connaît rien d'équivalent. N'attendez donc pas l'inventaire des biens du débiteur pour agir.

À qui écrire

La demande part par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. En sauvegarde ou en redressement, elle est adressée à l'administrateur judiciaire s'il en a été désigné, sinon au débiteur, avec copie au mandataire judiciaire (article R. 624-13). En liquidation, elle est adressée au liquidateur, avec copie à l'administrateur s'il y en a un (article R. 641-31).

Erreurs à éviter : Se manifester auprès du commissaire-priseur chargé de l'inventaire ne vaut pas demande, même pour organiser l'enlèvement et même s'il prévient ensuite le liquidateur (Cass. com., 29 juin 2022, n° 21-13706). Une fois le redressement converti en liquidation, la lettre doit aller au liquidateur, et non plus à l'administrateur (Cass. com., 14 janvier 2026, n° 25-13183). Vérifiez l'état de la procédure le jour de l'envoi.

Ce que doit indiquer la lettre de revendication

Le courrier doit revendiquer en termes clairs et inviter son destinataire à se prononcer sur votre propriété. Un bailleur de matériel qui interrogeait le débiteur sur la poursuite du contrat, en rappelant seulement qu'une résiliation entraînerait la restitution, a été jugé ne pas avoir revendiqué (Cass. com., 12 mars 2013, n° 11-24729).

Une lettre efficace vise la clause et son support, désigne précisément les biens (références, quantités, numéros de série, factures et bons de livraison) et réclame, à titre subsidiaire, le prix de ceux qui auraient été revendus. Joignez les pièces et notez le jour même la date limite de saisine du juge-commissaire : faute d'accord, deux mois après la réception de votre lettre.

La réponse, puis le juge-commissaire

Le destinataire a un mois à compter de la réception pour acquiescer : l'administrateur avec l'accord du débiteur ou, sans administrateur, le débiteur avec l'accord du mandataire judiciaire (article L. 624-17). En liquidation, le liquidateur avec l'accord de l'administrateur s'il y en a un (article L. 641-14-1).

Le silence ne vaut pas accord. Sans acquiescement dans le mois, vous devez saisir le juge-commissaire par requête au greffe du tribunal de commerce ou du tribunal des activités économiques qui a ouvert la procédure, au plus tard un mois après l'expiration du délai de réponse, sous peine de forclusion (article R. 624-13). L'ordonnance peut ensuite être contestée devant le tribunal dans les dix jours de sa communication ou de sa notification (article R. 621-21).

Et si le délai est dépassé ?

Le propriétaire forclos ne perd pas sa propriété, mais il ne peut plus l'opposer à la procédure. Le bien rejoint le gage commun des créanciers, et le liquidateur est en droit de refuser de le rendre (Cass. com., 29 juin 2022, n° 21-13706). Reste un recours étroit contre celui qui a acquis le bien en sachant qu'il appartenait à autrui (Cass. com., 15 décembre 2015, n° 13-25566), à condition de prouver sa mauvaise foi.

Comment prouver que le bien est encore chez le débiteur ?

Par principe, il vous revient d'établir que vos biens se trouvaient en nature chez le débiteur au jour du jugement.

L'inventaire revêt une importance particulière. Dressé dès l'ouverture, il doit mentionner les biens susceptibles d'être revendiqués, et son absence n'empêche pas d'agir (article L. 622-6). S'il manque, ou s'il se révèle incomplet, sommaire ou inexploitable, la charge de la preuve est inversée : c'est aux organes de la procédure de démontrer que le bien n'existait plus en nature (Cass. com., 13 septembre 2023, n° 22-12206). Cette décision apporte une nuance utile : l'absence de vos produits dans l’inventaire ne suffit pas à le disqualifier, et le fournisseur qui se bornait à produire une liste de références impayées pouvant se trouver en stock a été débouté.

Demandez donc une copie de l'inventaire sans attendre, rapprochez-la de vos bons de livraison et, si elle reste muette sur vos biens, rassemblez tout ce qui permet de les identifier.

Check-list des preuves

  • Bons de livraison datés et signés, factures impayées, relevé de compte,
  • Références, numéros de série, lots, photographies des biens et, s'ils sont incorporés, conditions du démontage,
  • Copie de l'inventaire dressé à l'ouverture,
  • Annonces BODACC du jugement d'ouverture et, le cas échéant, de la conversion,
  • Lettre de revendication, avis de réception et réponse éventuelle,
  • En cas de revente : identité du sous-acquéreur, facture de revente, preuve de la revente en l'état,
  • En cas de restitution : justificatif de la publicité en vigueur au jour du jugement,
  • Déclaration de créance,
  • Contrat, conditions générales ou contrat-cadre comportant la clause, et preuve de leur acceptation avant la première livraison,

Contrat publié : la restitution, une voie plus souple

Lorsque le contrat portant sur le bien a été publié avant le jugement d'ouverture, selon les modalités qui lui sont applicables, le propriétaire n'a pas à faire reconnaître son droit (articles L. 624-10 et R. 624-15). Le crédit-bail mobilier inscrit au greffe en est l'exemple type.

  Revendication Restitution
Qui est concerné Propriétaire dont le contrat n'a pas été publié Propriétaire dont le contrat a été publié avant le jugement
Preuve de la propriété À la charge du demandeur Pas de reconnaissance à obtenir grâce à la publicité
Délai de la demande Trois mois à compter de la publication du jugement Aucun délai imposé
Juge-commissaire Saisine obligatoire dans le mois suivant le délai de réponse Saisine facultative après un mois sans accord
Bien non réclamé Propriété inopposable, le bien rejoint le gage commun Le bien reste hors du gage commun. En liquidation, vente possible après mise en demeure, prix consigné pour le propriétaire

La demande en restitution se fait par lettre recommandée avec avis de réception, adressée aux mêmes destinataires qu'en revendication (articles R. 624-14 et R. 641-31). Sans accord dans le mois, le propriétaire peut saisir le juge-commissaire, sans y être tenu : des véhicules en crédit-bail régulièrement publié, restés hors du gage commun, ne pouvaient être vendus aux enchères au profit de la liquidation, bien que le crédit-bailleur n'ait pas saisi le juge (Cass. com., 2 mai 2024, n° 21-25720). Si personne ne réclame le bien, le liquidateur peut toutefois mettre le propriétaire en demeure puis, un mois plus tard, le faire vendre, le prix étant consigné à son profit (article R. 641-32).

Deux précisions importantes. Si le bien fait l'objet d'un contrat en cours au jour de l'ouverture, une location par exemple, la restitution effective attend la résiliation ou le terme du contrat, y compris pour un bien revendiqué (article L. 624-10-1). Une inscription ne dure pas indéfiniment : selon le guide des formalités d'Infogreffe, elle vaut cinq ans, sauf renouvellement. Vérifiez qu'elle était encore en vigueur au jour du jugement.

Anticiper : Le guide des formalités d'Infogreffe prévoit aussi l'inscription des contrats de location et des ventes assorties d'une clause de réserve de propriété. Si la situation d'un client vous inquiète, interrogez le greffe sur la formalité adaptée à votre contrat et sur ses effets en cas de procédure. Accomplie régulièrement avant le jugement d'ouverture, elle peut vous épargner la course contre le délai de trois mois.

Revendiquer, être payé ou déclarer : comment articuler vos démarches ?

Accepter que le prix soit payé

La procédure peut préférer garder le bien. Sur décision du juge-commissaire, le prix peut vous être payé immédiatement et la revendication tombe. Avec votre accord, un délai de règlement peut aussi être accordé. Ce paiement est alors traité comme celui d'une créance née régulièrement après le jugement, payable à son échéance (articles L. 624-16 et L. 622-17).

La question devient autant économique que juridique : un matériel démonté ou un stock passé de mode peut valoir bien moins que son prix. Avant d'accepter ou de refuser un échéancier, mettez en balance la valeur réelle du bien, le coût de son enlèvement, vos chances de le revendre et ce qui vous reste dû.

Déclarer votre créance en parallèle

La revendication porte sur un bien, la déclaration sur une somme : l'une ne remplace pas l'autre. La reprise peut échouer, ne concerner qu'une partie des livraisons ou laisser un solde. Le Code civil règle l'articulation : la valeur du bien repris s'impute sur ce qui reste dû et, si elle dépasse ce solde, le créancier rend la différence (article 2371). Déclarez donc la totalité de votre créance dans le délai, en y signalant la clause et la revendication engagée. Délai, contenu et sanction de la déclaration sont détaillés dans notre article sur la déclaration de créance.

Côté dirigeant et repreneur

Si vous dirigez l'entreprise, faites figurer à l'inventaire les biens que des tiers peuvent revendiquer : un inventaire lacunaire fait peser sur la procédure la preuve de leur disparition. Ne rendez rien de votre propre initiative, la restitution supposant un acquiescement donné dans les formes ou une décision du juge-commissaire. Si un bien revendiqué est indispensable à l'activité, la voie du paiement du prix reste ouverte.

Si vous envisagez une reprise, gardez à l'esprit que tout ce qui se trouve sur le site n'appartient pas forcément à l'entreprise cible. Avant de chiffrer votre offre, demandez l'état des revendications et restitutions en cours et consultez les inscriptions tenues au greffe. Les actifs revendiqués ou susceptibles de restitution doivent être exclus de la valorisation de l'outil de production tant que leur disponibilité juridique n'est pas sécurisée. Un bien non revendiqué à temps reste inopposable à la procédure, mais son propriétaire conserve un recours contre l'acquéreur qui savait qu'il appartenait à un tiers (Cass. com., 15 décembre 2015, n° 13-25566).

Erreurs fréquentes à éviter

  • Attendre l'inventaire, ou un courrier du mandataire de justice, avant d'écrire,
  • Écrire au mauvais interlocuteur (au commissaire-priseur, au débiteur alors qu'un administrateur a été désigné, ou à l'administrateur après une conversion en liquidation),
  • Envoyer une lettre consacrée au sort du contrat, qui ne revendique pas expressément le bien,
  • Prendre le silence pour un accord et laisser passer le mois de saisine du juge-commissaire,
  • Invoquer une clause dont l'acceptation au plus tard à la livraison ne peut être prouvée,
  • Revendiquer « le stock » sans identifier les biens, ou oublier de déclarer la créance.

Quand faire vérifier votre dossier ?

L'appui d'un avocat se justifie moins par la technicité du sujet que par des signaux précis : un délai déjà largement entamé, un stock dont la composition est incertaine, une procédure qui vient d'être convertie, des biens incorporés ou revendus, une clause dont l'acceptation n'est pas documentée, une demande restée sans réponse. L'examen de vos contrats, de vos livraisons et de l'état du stock permet alors de retenir, avant l'échéance, la voie utile et les pièces à produire. Voir également notre page Créanciers.

40 Rue de Courcelles
75008 Paris
France

Sources

Code de commerce : art. L. 622-6 · L. 622-17 · L. 622-26 · L. 624-9 · L. 624-10 · L. 624-10-1 · L. 624-16 · L. 624-17 · L. 624-18 · L. 641-14-1 · R. 621-21 · R. 624-13 · R. 624-14 · R. 624-15 · R. 624-16 · R. 641-31 · R. 641-32.

Code civil : art. 2371.

Décisions : Cass. com., 19 juin 2012, n° 11-18907 ; Cass. com., 12 mars 2013, n° 11-24729 ; Cass. com., 15 décembre 2015, n° 13-25566 ; Cass. com., 14 juin 2017, n° 16-11004 ; Cass. com., 29 juin 2022, n° 21-13706 ; Cass. com., 13 septembre 2023, n° 22-12206 ; Cass. com., 2 mai 2024, n° 21-25720 ; Cass. com., 14 janvier 2026, n° 25-13183

Le débiteur a mentionné ma créance : dois-je quand même agir ?

Oui. L'effet exact du signalement reste débattu et suppose que la mention soit complète. Le débiteur conserve d'ailleurs la faculté de contester ensuite la créance qu'il a lui-même signalée. Déclarez dans le délai légal.

Peut-on déclarer une créance contestée ou non encore exigible ?

Oui, et il le faut. Une créance litigieuse se déclare en indiquant la juridiction saisie ; une créance non échue, au titre des sommes à échoir avec leurs dates d'échéance ; une créance non chiffrée, sur la base d'une évaluation qui pourra être revue à la baisse, jamais à la hausse.

Que se passe-t-il si le délai de déclaration est dépassé ?

La créance subsiste mais se trouve exclue des répartitions et des dividendes du plan. Un relevé de forclusion reste possible, en principe dans les six mois, si votre défaillance ne vous est pas imputable.

Qui peut signer la déclaration de créance ?

Le créancier, son représentant légal, un préposé muni d'un mandat même général, ou un mandataire extérieur muni d'un pouvoir spécial écrit. L'avocat en est dispensé. Une déclaration signée sans pouvoir suffisant peut être ratifiée jusqu'à la décision du juge.

Je bénéficie d'une caution : dois-je déclarer au passif du débiteur principal ?

Oui. Une caution ou un codébiteur solidaire ne dispense pas de déclaration. La créance principal se déclare au passif avec la mention de la caution, dans les conditions de droit commun et pour le montant connu au jour du jugement. Cela permet de préserver le recours du garant, qui a vocation a être subrogé dans les droits du créancier après paiement.

Un contrat est-il automatiquement résilié par l’ouverture de la procédure ?

Non. Aucune résiliation ne peut résulter du seul fait de l’ouverture, et la clause qui le prévoit est réputée non écrite. Les contrats de travail obéissent à leur propre régime.

Tous les contrats sont-ils concernés par le régime des contrats en cours ?

Non. Seuls ceux encore en phase d’exécution, c’est-à-dire ceux dont votre partenaire vous doit encore une prestation. Un prêt dont les fonds ont été débloqués n’est pas un contrat en cours, même si le remboursement se poursuit.

Un fournisseur peut-il refuser de livrer parce qu’il n’est pas payé de factures antérieures ?

S’il est lié par un contrat en cours, non : il doit exécuter ses obligations à venir, l’impayé antérieur ne lui ouvrant qu’un droit à déclaration au passif. En revanche, il peut exiger le paiement des livraisons postérieures, au comptant en redressement judiciaire.

Puis-je assigner en paiement une entreprise en redressement judiciaire ?

Non, si votre créance est née avant le jugement d’ouverture. Vous devez déclarer au passif. Oui, si votre créance est née après et remplit les conditions légales des créances postérieures.

J’avais déjà engagé un procès. Suis-je dispensé de déclarer ma créance ?

Non. La déclaration conditionne la reprise de l’instance. Sans elle, votre procès reste interrompu.


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